Lettre N° 13
Lettre du 02/05/1932 de Marguerite Ponard née Prost
Morez le 2 mai 1932
Bien chère Jeanne,
A ta dernière lettre chère Jeanne tu m'excuseras si
je n'ai pas répondu plutot, mais à ce moment je
commençais à me préparer pour m'en revenir
à Morez car depuis le premier mai je suis ici. J'ai eu
à finir de coudre bien des petites choses aux enfants car
Jeanne ne peut rien coudre ou peu. Il me tardait de rentrer au pays
ce n'est pas que je suis mal à Maisons-Alfort, mais je sens
ici au cimetière mon pauvre Arthur. A votre tour chère
nièce vous passez à cette dure épreuve
malgré vous comme moi vous étiez prévenu de ce
qui devait arriver par la maladie de ton cher papa, c'est bien
triste. Comment ses derniers moments se sont-ils passés , soit
par toi ma chère Jeanne sur ta prochaine lettre tu m'en
donnera quelques détails , as-tu pu venir à Royan je le
pense car pour une circonstance pareille ton patron n'a pu le
refuser, prends courage ma chère Jeanne que le bon dieu te
donnes toujours la santé tu as bien encore chez Juliette pour
te retirer dans tes vacances mais le plus grand vide pour toi
était celui ta bonne maman que faire, tu es jeune tu as
sûrement plus de courage que moi, quel triste changement pour
moi toute seule il me tarde d'être aux vacances que Jeanne
vienne avec les enfants le temps me dure de temps en temps un petit
moment je vais chez le Georges petite Colette est si mignonne elle
marche seule et elle aura un an le 7 Francine est la même
froide et indifférente envers moi, notre famille n'est pas de
ce genre là. Alors toi Jeanne tu as eu dans ton malheur le
plaisir de revoir tes petites nièces et petit neveu je suis
sure que les petites te comblait de caresses. J'ai passé 10
jours chez Yvonne pour la pentecôte elle est toujours gentille
avec moi et ils ont beaucoup d'affection et de bon cœur, dire que je
reste seule sur toutes les familles j'en ai le cœur bien serré
en écrivant quand je pense à toute notre parenté
disparue, mon tour viendra bientôt. La saison ne semble pas
être chaude c'est dommage l'on fait encore du feu pour se
chauffer, et pour Royan pour leur magasin à Juliette il faudra
du beau soleil c'est elle qui doit en avoir du boulot, quand je vois
Jeanne avec ses deux ga comme ils disent là-bas les maux
qu'elle à elle s'énerve se fait du mal, tu ne te
blesseras pas si elle ne t'écrit pas tout de suite. Alors tu
as espoir de venir dans le jura cet automne j'aimerais bien te voir.
Enfin d'ici là on trouvera une combine pour avoir le moins de
frais possible à toutes deux. Et votre papa vous a-t-il bien
coûté pour sa maladie sa pension vous a aidé.
Enfin vous avez fait votre devoir toutes les deux c'est tout.
Je termine ma lettre je te redis encore courage ta tante qui
t'embrasse bien fort et qui pense toujours à toi
Marguerite
Alors ton patron veut remettre sa pharmacie c'est dommage tu y
étais bien, chez André lui est souvent malade et ne
peut guère travailler s'il n'était pas dans une
administration il ne gagnerait guère, Suzanne va aussi
à son bureau les enfants sont faciles ils ne sont pas
gâtés. J'ai encore 21 de tension je suis mal à
mon aise j'étourdis et mal à la tête